Un seuil politique inédit a été franchi par la France ce 6 Octobre 2025 avec Sébastien Lecornu, nommé Premier Ministre il y’a moins d’un mois, qui a présenté sa démission au Président de la république Emmanuel Macron quelques heures seulement après l’annonce de son gouvernement. Ce départ précipité, sans même que les passations de pouvoir aient pu être organisées, marque un record d’éphémérité sous la Ve République. Le responsable en chef de la politique globale de la France semble ne pas vouloir se remettre en question pour revoir l’intégralité de la politique française depuis son accession au pouvoir, se contentant d’être le donneur de leçons international surtout en Afrique, alors même que la France vacille sous le regard de tous.
L’instabilité chronique des chefs de gouvernement nommés par Emmanuel Macron depuis 8 ans semble devenue structurelle. Depuis 2022, la France enchaîne les gouvernements censurés, démissionnaires ou fragilisés par l’absence de majorité parlementaire. Lecornu, nommé le 9 septembre, devait incarner une rupture. Mais dès la publication de la liste des ministres le 5 octobre, les critiques ont fusé : composition jugée conservatrice, recyclage de figures politiques déjà contestées, absence de consensus réel. Les Républicains, pourtant sollicités pour former un « socle commun », ont dénoncé une trahison des engagements. La France Insoumise et le Rassemblement National ont immédiatement réclamé des mesures radicales : destitution du président, dissolution de l’Assemblée, voire référendum populaire.
Une démocratie à la française autrefois citée en exemple et copiée, en panne de respiration et de réalisme politique
La démission de Lecornu ne fait que cristalliser une crise plus profonde : celle d’un régime qui peine à se renouveler, à rassembler et à gouverner. Le peuple français, lassé des jeux d’appareil, semble de plus en plus exclu des décisions majeures. Les appels à « redonner la parole au peuple » se multiplient, dans les territoires comme dans l’hémicycle. Cette situation interpelle. Car si la France se montre prompte à donner des leçons de démocratie à l’étranger, elle semble aujourd’hui incapable de garantir la stabilité de son propre exécutif. Cinq Premiers ministres en trois ans, des gouvernements qui ne tiennent que quelques semaines, et une Assemblée paralysée : le modèle français est en crise.
Une leçon d’humilité à assimiler pour les donneurs de leçons
Il est temps que les responsables politiques français, le Président de la République en premier, prennent la mesure de cette instabilité qui est entrain de conduire la France à une chute qui la mène tout droit vers une crise de toute nature dont elle ne se relèvera de sitôt. Car au-delà des querelles partisanes, c’est la crédibilité institutionnelle de la République qui vacille. Et dans un monde où la France prétend incarner les valeurs démocratiques, cette fragilité interne devient un contre-exemple. Ayant perdu son influence d’antan en Afrique, elle a aussi perdu une bonne partie de ses privilèges géostratégiques et géoéconomiques. Les médias français, souvent virulents lorsqu’il s’agit de juger les régimes africains, asiatiques ou sud-américains, devraient eux aussi faire preuve de lucidité. L’implosion n’est pas une fatalité, mais elle devient un risque réel lorsque les élites refusent de se remettre en question.
La France est-elle au bord de l’implosion ? Le mot est fort évocateur au regard de la situation réelle de la politique française, mais la dynamique actuelle le rend plausible. Seul un sursaut démocratique, fondé sur l’écoute, la transparence, le respect des citoyens et le respect des pays anciennement colonisés, pourra éviter que la République ne s’enlise dans une crise de régime durable. D’autre part, la refonte complète du modèle politique international français devient un impératif, sinon la France se verra reléguée au bas de l’échelle au regard du réveil des pays d’Afrique francophone qui sont entrain d’afficher leur volonté d’assumer pleinement leur souveraineté et cesser une dépendance perpétuelle à un ordre colonial donc le déséquilibre décisionnel françafricain a essentiellement enrichi le colonisateur. Les conséquences politico-économiques sont immédiates, la rupture brutale de l’exploitation des richesses de certains pays africains entraîne une crise inévitable. Soit la France se réajuste, soit elle sombrera inéluctablement sous le poids de l’orgueil de ses politiciens.
Éric Moïse NKOUANDOU M.